LESIA - Observatoire de Paris

En mémoire de Bernard Brockmann

mercredi 30 mai 2018

(mise à jour le 1er juin 2018)

Nous apprenons avec tristesse le décès de Bernard Brockmann, lundi 28 mai 2018, à l’âge de 82 ans. Entré au CNRS en 1970, il avait pris sa retraite du DESPA (devenu ensuite le LESIA) en 1998.


Bernard Brockmann en 2013
Bernard Brockmann en 2013

Photo transmise par la famille de Bernard Brockmann


Pierre Gigan, Bernard Talureau, Gérard Huntzinger, Alain Roussel et Nicolas Epchtein s’associent à ses collègues et amis du LESIA pour lui rendre hommage.


Témoignage de Pierre Gigan

« Nous venons de perdre notre ami Bernard Brockmann qui a été notre compagnon de projet, notamment pendant toutes les années 70 sur les projets Caravelle dirigés par Pierre Léna. Bernard était notamment chargé de l’étude et la réalisation des pré-amplificateurs faible bruit, pour les détecteurs infrarouges bolomètres et INSB embarqués sur le projet OSIRIS. Bernard était très curieux, il aimait être au fait des nouvelles technologies et des dernières avancées pour la réduction des bruits électroniques dans ses amplificateurs. Bernard était aussi très au fait de l’actualité du laboratoire et participait volontiers aux débats sur la vie du laboratoire.

Bernard était serviable, d’une grande honnêteté et grande gentillesse. Après son départ à la retraite en 1998, nous nous sommes souvent rencontrés aux jardins du CLAS où il se retrouvait avec Arlette son épouse pour passer de bons moments.

C’est avec une grande tristesse, mêlée à de tellement bons souvenirs, que nous saluons le départ de Bernard.

Nous présentons nos condoléances les plus sincères à Arlette et toute sa famille. »


Témoignage de Bernard Talureau

« Bernard est la personne qui m’a accueilli à mon arrivée au laboratoire de l’Infra Rouge Spatial "IRS", alors codirigé par Jean Gay (expérimentation) et Philippe Grenier (personnels) au château de Meudon.

En charge de l’attribution des locaux, il me logea dans la cuisine d’un ancien logement de fonction du rez-de-chaussée, et pour me permettre de commencer à travailler, il me donna deux tournevis dont l’un perdait son manche. Bien qu’électronicien sur la manip "Big Bang" dirigée par Philippe Grenier, il obtint grâce à un diplôme de souffleur de verre, une reconnaissance de qualification. Ensemble, nous avons fréquenté ce qui était encore la base du Centre d’Essais en Vol "CEV" de Brétigny sur Orge pour implanter notre matériel à bord du Canberra (bombardier anglais), afin d’essayer de mesurer la température de l’Univers.

Ensuite, nos contacts directs sont devenus plus distants : il rejoignit l’équipe naissante animée par Nicolas Epchtein, mais nos rapports furent toujours amicaux. C’était un garçon jovial parfois nommé "hamster joyeux" pour sa faconde et son goût à l’accumulation de matériel dans son petit bureau au sous-sol du bâtiment 16. »


Témoignage de Gérard Huntzinger

« J’ai peu de souvenirs de l’époque où nous étions tous les deux à l’Observatoire. Ce dont je me souviens, c’est que je lui parlais d’électronique et d’informatique - surtout - et qu’il me parlait de ce qu’il faisait en dehors de l’Obs. Il me parlait du stage de capitonnage de chaises, puis de ses cours de peinture ; il m’avait montré des aquarelles qui n’étaient pas mal du tout. J’avais une certaine admiration pour cette capacité à se diversifier et à faire autre chose que de penser au travail.

Bernard était "un type bien". Mes condoléances à son épouse et à ses enfants. »


Témoignage d’Alain Roussel

« Je viens d’être prévenu par Pierre Gigan du décès de Bernard Brockmann.
Une décennie d’une équipe du DESPA.

Un sentiment de tristesse et de mélancolie me gagne ; les souvenirs de l’équipe Survey infra-rouge sous la responsabilité de Nicolas Epchtein me reviennent. Nous étions quatre au total : Jacques Roucher, électronicien aux acquisitions de données, Bernard, électronicien, détecteur, cryogéniste, Alain, mécanique instrumentale.

Je me souviens des campagnes d’observation au Pic du Midi dans les années 75 sur le télescope 1m avec un froid polaire. Nous faisions des rotations d’observation de 10 à 15 mn, perchés à 2m du sol sur un élévateur à pétale !! et des enregistreurs papier qui avaient des caprices d’écriture !

Par la suite, la construction du télescope de 2m avec sa coupole fermée nous a apporté beaucoup de confort, sans pour cela nous éviter les problèmes électromagnétiques de la grande antenne, et les coups de foudre qui sortaient par les prises, Bernard à souvent perdu le moral en bataillant avec les modulateurs qui préféraient ’France inter’ aux fréquences de modulation.

C’est notre équipe qui a installé le premier instrument d’observation sur le télescope du 2m !!

Je me souviens également des périodes de blocage pour cause de mauvais temps (neige, ou grand vent) la seule consolation que nous avions c’était le traditionnel verre de rhum ‘ Négrita’ à la fin du repas avec les chants des montagnards du Pic.

Plusieurs fois, nous avons frôlé l’accident, lorsque la petite benne s’est couchée en tapant dans le butoir de l’observatoire, avec nous quatre et le matériel à l’intérieur. Il y avait aussi les transbordements de nos caisses dans les escaliers, les transferts d’hélium dans des cryostats non sécurisés…

Nous avions l’insouciance de la jeunesse et surtout une forte envie de réussir nos missions.

Notre savoir-faire en survey IR nous a amenés à observer au Chili dans l’observatoire de la Silla. Nous avons monté un photomètre sur le 3.60m afin de réaliser le survey IR du ciel austral, ainsi que de nombreuses observations dans des observatoires de plus petites tailles, Tiede Ténérife, observatoire Brésilien . Toutes ces observations ont abouti à un catalogue des sources infra rouge très utilisé par la communauté scientifique.

L’ensemble de ses missions nous a apporté une grande satisfaction tout en nous faisant visiter quelques pays.

A la suite des missions au Chili, Jacques Roucher a quitté l’équipe pour postuler à un emploi à l’observatoire de la Silla. L’équipe IR a continué les Survey avec Bernard et d’autres personnes (Lionel Capoani, Sylvain Pau).

Je garde une image de Bernard comme une personne généreuse, sympathique, un coéquipier un peu râleur, parfois taciturne et un tantinet anxieux, très compétent en électronique, il était le champion de la détection des pannes, toujours prêt avec son fer à souder d’une main et la tresse à dessouder de l’autre. C’était un excellent collègue. Mes condoléances à son épouse et toute sa famille. »


Témoignage de Nicolas Epchtein

« C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris la nouvelle de la disparition de Bernard Brockmann.

J’avais beaucoup travaillé avec lui il y a déjà bien longtemps, dans la petite équipe que l’on formait au DESPA avec Jacques Roucher, disparu lui aussi récemment, Claude Delage, puis Alain Roussel et Lionel Capoani, qui avait pour objectif de développer et d’exploiter des photomètres infrarouge pour les télescopes au sol, et notamment au Pic du Midi (1m, 2m), à La Silla (1m, 3.6m) et à Tenerife dès la fin des années 70.

Bernard a tout au long de cette période été un fidèle collaborateur, très compétent dans son domaine de l’électronique, essentiellement spécialisé dans la conception et la réalisation de préamplis à faible bruit pour bolomètres et autres détecteurs à photoconducteurs (alors uniques), atteignant des performances remarquables pour l’époque. A l’arrivée des microprocesseurs et des premiers ordinateurs « portables », il développa des systèmes d’acquisition et d’archivage de données pour nos expériences et contribua aussi à me familiariser avec ces nouvelles technologies. Plus tard il participa à l’élaboration de préamplis pour les caméras du relevé DENIS ainsi que d’autres instruments par la suite.

Il eut une longue carrière de technicien avisé, attentif au progrès des technologies et dont il pouvait être fier.

Je retiendrai de lui sa bonhomie, son optimisme toujours communicatif, et son honnêteté sans faille, et bien sûr cent petites histoires qui faisaient le sel de nos missions en haute montagne, notamment au Pic lors des premiers pas héroïques du 2 mètres au début des années 80.

La disparition d’un ancien collègue laisse toujours un vide dans notre mémoire, celle-ci me touche particulièrement et je voudrais ici assurer son épouse, ses enfants, sa famille, ses collègues et ses amis de mon plus fort soutien dans ces pénibles circonstances, et leur adresser mes plus sincères condoléances. »


Bernard Brockmann en 1990
Bernard Brockmann en 1990

Photo Observatoire de Paris/LESIA


Les obsèques auront lieu au crématorium de Clamart le mardi 5 juin 2018.
La cérémonie est prévue à 14h50.